14 mai 2008
De l'art de s'intéresser au monde...
Cela fait des mois et des mois que les médias français traitent de la politique étatsunienne et de ses multiples rebondissements. On nous avait déjà fait le coup il y a quatre ans, on nous remet le couvert. Comme d'habitude, les médias français, allez savoir pourquoi, sont plutôt du côté démocrate si on compte le nombre d'articles, de chroniques et de reportages qui parlent de ce camp.
Si on connaît le nom du Républicain (il faut dire qu'avec un nom de frites, ça se retient), on serait bien en peine de citer les autres candidats du même camp qui ont tenté d'obtenir l'investiture. Inversement, le combat entre Hilary Clinton et Barack Obama déchaîne les passions des journalistes. Un sondage est favorable à l'un ou à l'autre, hop, un article ; une élection pour l'investiture, zou, un reportage ; une déclaration acerbe de l'un ou de l'autre, paf, une analyse en direct...
Mais honnêtement, qu'en avons-nous à faire ? A-t-on informé nos amis étatsuniens des primaires socialistes pour l'élection présidentielle de 2007 ? Je vois bien nos amis texans, devant un tee-bone de 2 kilos, et une bonne Budweiser, la casquette à moitié vissée sur le crâne, regarder, à l'époque, en sous-titré, au fin fond d'un bar enfumé, les débats entre Ségolène Royal, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn...
A la limite, qu'on nous informe sur le futur président étatsuniens, pourquoi pas... Mais ce n'est pas obligé non plus... Et là, j'entends des voix s'élever, en me disant combien mes propos sont scandalisatoires, et combien il est essentiel de connaître la politique de la première puissance économique du monde... Et celle des quatre suivantes, ce n'est pas essentiel ? Et la politique des pays où d'épouvantables dictatures règnent, c'est inintéressant ? (sauf quand, bien sûr, un chouette cyclone ravage le pays... ça c'est bon, coco ! On va se faire de bonnes images bien racoleuses... allez, filme le cadavre qui moisit là-bas.. Parfait ça, pour le vingt heures...) Et même la dernière puissance économique du monde, même celle-ci, ne contient-elle pas des hommes et des femmes qui méritent notre intérêt ?
Parce que ne nous voilons pas la face... John Mac Cain sera probablement le prochain président étatsunien parce que ce pays est en grande majorité conservateur. Et quand bien même Barack Clinton ou Hilary Obama serait élu, qu'est-ce que ça va concrètement changer ? Parce que, malheureusement pour nos amis étatsuniens, la différence entre démocrates et républicains est tellement ténue qu'on serait bien embêtés de dire concrètement en quoi elle consiste... Chez les républicains comme chez les démocrates, on est croyant, pratiquant, pas trop opposés à la guerre en Irak, et pas franchement anti-OGM ou anti-4X4...
A ce propos, je vous conseille les méthodes originales de Michaël Moore dans "Dégraissez-moi ça" pour élire un nouveau président. (page 36, "Ne votez pas, ça les encourage à continuer"). Il propose par exemple une course de 35 tonnes où le premier arrivé gagne, un concours de magie, où David Cooperfield arbitrerait et où on attacherait les candidats dans une caisse hermétiquement close qu'on jetterait dans l'eau. Le premier qui se délivrerait gagnerait... ça me plaît bien tout ça...
13 mai 2008
De l'art d'analyser une publicité, en toute objectivité, bien entendu...
Tandis que je rentrai l'autre soir sur les coups des deux heures du matin dans mon antre, voici qu'une somptueuse publicité se dressa face à moi. N'écoutant que mon courage, et estimant qu'elle ne devait pas polluer seulement mon espace visuel à moi personnellement, je dégainai mon appareil et pensai à vous, lecteur adoré... Voici donc la bestiole du jour :
Que découvre-t-on sur cette merveille ? A gauche de l'image, un homme, la trentaine, au premier plan, avec une barbe de deux jours. Derrière lui, une femme, un poil plus jeune, qui s'appuie sur lui. Il nous regarde, elle non. Ils sont au milieu des dunes d'un désert de sable. A droite de l'image, une grande étendue avec de l'eau. Le photographe a, cette fois, opté pour un plan large. On voit nettement trois zones se dessiner à chaque tiers de l'image : le ciel nuageux (avec la marque LAFUMA) / le ciel bleu (avec le slogan ÉCOUTONS RESPIRER LE MONDE) / la terre humide.
Quelle analyse peut-on en tirer ? Notons d'abord qu'on a une image très classique des rapports homme / femme : l'homme est devant, son regard est franc. Il affronte. Il est celui sur qui on peut compter, sur qui on peut s'appuyer (et la femme ne s'en prive pas). Il reste une part de mystère en lui (ses cheveux, ses yeux et sa barbe sont noirs) mais il est néanmoins terre à terre puisqu'il nous regarde directement. Inversement, la femme reste dépendante de l'homme, elle s'efface à son profit. Son regard de côté insiste sur le fait qu'elle est rêveuse (ou fuyante ?). Comme toute femme, elle sait facilement exprimer ses sentiments : elle sourit, elle est heureuse (contrairement à l'homme qui reste un être neutre). Remarquons enfin l'aspect complémentaire de nos deux êtres : l'un est en rouge (le feu, la passion, la violence), l'autre est en vert (la nature, la douceur, l'espérance).
Toute l'affiche joue d'ailleurs sur la symétrie inversée, sur les correspondances : ainsi d'un côté on a le ciel clair et sans nuage, de l'autre on a un ciel chargé. D'un côté l'eau, de l'autre, le feu. D'un côté des couleurs plutôt chaudes, de l'autre, des couleurs froides. D'un côté un plan américain (on s'intéresse aux personnages, à leurs émotions), de l'autre un plan d'ensemble (on s'intéresse au paysage, à sa grandeur, à sa beauté). Et on retrouve, à peu de chose près, le Yin et le Yang (A gauche, l'homme est omniprésent, mais on a une touche de nature à l'arrière-plan ; à droite on a une nature immense, avec quelques traces de présence humaine au bas de l'affiche).
Le slogan "Écoutons respirer le monde" est aussi dans une optique bienveillante : l'impératif présent nous inclut dans le discours et sous-entend clairement la nécessité de vivre en harmonie avec la nature ; la personnification du monde (qui "respire" tout comme un être vivant) rappelle bien toutes les philosophies indiennes ou animistes...
Alors, une réussite, cette publicité ? Pas vraiment... Outre l'aspect traditionnel des rapports homme / femme qu'elle entretient, et son idéologie très "Nature et découvertes" (la chaîne de magasins des citadins qui veulent croire qu'on fait de l'écologie lorsqu'on achète une boussole, des étoiles phosphorescentes à coller au plafond ou un laser de chants d'oiseaux...), on peut s'interroger sur son slogan. En effet, à une lettre près, le mot MONDE devient le mot MODE. Et lorsqu'on regarde nos deux spécimens d'humains, on ne peut nier qu'ils sont vraiment bien habillés (notez qu'en plein désert, notre homme ne sue pas... Mais un héros ne transpire jamais, il faut dire...).
Sans compter qu'entre la MODE et le MONDE, il n'y a que N (haine) entre eux... Et oui, amis créatifs, vous voyez, votre inconscient vous joue des tours...
12 mai 2008
Ma grand-mère est morte...
Des années qu'elle était à l'hôpital. Atteinte de la maladie de Pick. C'est une variante d'Alsheimer. Il y a deux ans, elle me reconnaissait encore. Et puis, l'an dernier, en juillet, j'y suis allé. J'étais un fantôme. Elle ne me voyait même plus. Son regard me passait à travers.
Elle est décédée ce matin, au environ de sept heures. Il n'y aura aucun hommage pour elle, parce que personne ne la connaissait plus. Elle faisait partie des anonymes, au même titre que nous tous.
Sa vie tiendrait en quelques lignes. Rien de glorieux. Même moi, je ne garde pas de souvenirs extraordinaires d'elle. Je me souviens quand j'allais chez elle à Paris. Je me revois surtout, petit, jouer à terre, entre ses fauteuils, avec mes personnages de Darth Vador et de Luke Skywalker. Elle lisait du Agatha Christie, jouait chaque semaine au loto, même si elle n'a jamais gagné quoi que ce soit, ou si peu. Elle cuisinait merveilleusement les accras de morue, et c'était une vraie récompense lorsqu'elle m'en faisait. Elle jouait avec moi aux petits chevaux ou au bingo. Elle m'emmenait au square Croulebarbe, à deux pas de l'avenue des Gobelins, pas loin des cinémas La Fauvette. Je l'entends encore avec son fabuleux accent guadeloupéen... Elle s'appelait Paule, et elle avait quitté les Antilles à la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour rejoindre son mari.
Voilà. C'est terminé pour elle. Et moi, alors que je la savais malade, et que je ne la voyais plus guère, je me sens orphelin ce soir, tout triste, tout vide. Je lui laisse cette petite musique d'un film que j'aime beaucoup. Je pense qu'elle l'aurait appréciée.
06 mai 2008
De l'art d'être obsédés
S'il est une seule caractéristique qui définit parfaitement cette période bénie et merveilleuse qu'est l'adolescence, c'est bien la frustration, à tout point de vue, d'ailleurs. L'adolescent a soif de liberté, d'évasion, bien sûr. Mais surtout, chez l'adolescent garçon, on trouve un manque caractéristique de sexe qui se double d'une terrible angoisse existentielle sur sa propre normalité. Aussi, le garçon passe son temps à grappiller, comme il peut, la moindre information sur le sexe. Mais comme ce n'est pas évident, et qu'il est délicat et/ou gênant de poser des questions à ses parents et peu intéressant d'interroger ses potes (qui en savent autant que le garçon pré-cité), il n'est pas rare de voir des garçons ressasser leurs angoisses dans leur coin et attendre que ça passe (Mon sexe est-il trop petit ? Comment on met une capote ? Est-ce que je bande bien ? C'est normal de se masturber ? Suis-je homo ? ...).
Lorsqu'on pense tout le temps à quelque chose, il est logique que cette chose ressorte souvent dans nos conversations. Ainsi, si l'on filmait des garçons entre eux, on verrait clairement que la sexualité occupe tout de même une place relativement importante dans leur discours. Bien sûr, cela apparaît sous forme d'insultes, de grosses blagues bien grasses et bien salaces, ou de provocation. Mais c'est logique, en définitive. A partir du moment où l'on est frustré, l'objet de notre frustration devient pour nous une obsession.
Virgin vient de lancer une jolie campagne publicitaire...
Que voit-on ? Tous les clichés du film pornographique de base : le beau pompier bien chaud et bien galbé (faut-il rappeler que le "pompier" est une manière de désigner une fellation ?), la grosse infirmière blonde salope, avec sa grosse piqûre. On notera qu'on mange à tous les râteliers : l'icône gay (allons-y dans les clichés : le décor à paillettes rouge passion en fond, le petit chien à sa mèmère et, surtout, la jolie petite trace de cambouis sur la pommettes. L'homosexuel est un être sensible et viril à la fois...) et l'icône hétéro (qui n'a pas fantasmé sur ce fameux lieu commun qui dit que les infirmières ne portent rien en dessous ?).
Et tout ça pour me vendre quoi, les amis ? Un quelconque salon de l'érotisme ? Un préservatif nervuré ? Un sex toy amusant ? Que nenni ! Ici, on nous propose un forfait de téléphone. Quel rapport avec le sexe ? Aucun, me direz-vous. Sauf si on capilotracte (on tire par les cheveux... Capillus, le cheveux, et tracter...) à mort, et qu'on va chercher un symbole phallique dans le portable (Encore que, j'ouvre une parenthèse, mais on peut le trouver, ce symbole phallique. Je me souviens d'une pub tchèque d'il y a une dizaine d'années, où on voyait un type, nu, allongé, et qui tenait son portable devant son sexe).
Si j'ai une relative tolérance envers un ado frustré, je suis, en revanche, très agacé par ces créatifs qui sont infichus d'avoir une vie sexuelle ne serait-ce qu'un minimum épanouissante, et qui ne trouve rien de mieux que de nous afficher en 4 mètres sur 3 le résultat de leur misère sexuelle. Vous vous voyez, vous, coller dans la rue, sur de grandes affiches, vos fantasmes secrets ?
Qu'on crée d'urgence une association caritative pour aider ces pauvres gens. On ne peut pas les laisser souffrir comme ça... Il faut les piquer...
02 mai 2008
De l'art de jouer avec les mots
40 ans se sont écoulés depuis la révolution de mai 68. Il nous reste encore des acquis, bien sûr, mais cette célébration prend parfois des allures de campagne marketing pour vendre des pavés souvenirs en mousse, des compilations des Papa's et des Mama's et des tee-shirts à l'effigie du Che.
En 40 ans, la droite française a changé. A l'époque, persuadée qu'elle serait éternellement aux commandes du pouvoir, la droite ne faisait guère d'efforts et se permettait d'être ouvertement réactionnaire. A l'inverse, la gauche incarnait des forces de progrès sans trop de difficultés puisque l'adversaire était aisément reconnaissable. Mais voilà qu'un jour, il y a eu, en France, une vraie alternance, et nos amis de droite ont pris une bonne baffe dans la figure. Ils se sont dit, un peu tard à l'époque, qu'on ne les y reprendrait plus. Quelques décennies plus tard, ils ont tenu parole...
Mais comment ont-ils fait ? Simple. Ils ont regardé comment leurs amis créatifs et publicitaires vendaient leurs produits. Et ils ont bien retenu la leçon. L'important n'est pas dans le contenu d'un programme mais dans la manière qu'on a de le faire passer. Et ils ont appris à communiquer, tout simplement. Et pour bien communiquer, il suffit d'avoir quelques mots de vocabulaire et de savoir jouer avec les mots.
Ce matin, sur France-Inter, une radio (encore) publique, on pouvait entendre au journal de sept heures le leader d'extrême gauche, Olivier Besancenot, déclarer que ce mois de mai 2008 avait un parfum de mai 68, avec toutes les manifestations à venir. Juste après, on entendait un leader de l'UMP, notre droite préférée du monde, dire que la différence avec mai 68 résidait dans le fait qu'aujourd'hui c'était la gauche qui était conservatrice puisqu'elle restait accrochée à ses acquis, alors que la droite incarnait (comme les ongles... Non, pardon, je m'égare) les forces de progrès puisqu'elle n'hésitait pas à réformer à tout va...
Passé l'instant où j'aurais volontiers étranglé cet homme pour lui faire ravaler ses propos, et celui où j'ai eu envie de mettre le feu à ma radio (ce qui aurait été idiot, puisque je ne dispose d'aucun extincteur dans mon appartement), je restais admiratif devant le glissement sémantique du mot "réforme". La réforme, selon mon gros Larousse est un "changement important, radical, en vue d'une amélioration". Le problème est d'interpréter ensuite le terme "d'amélioration".
Un mot n'a de sens qu'avec la pensée qui l'englobe. Je m'explique. Si je raconte une grosse blague raciste bien dégueulasse, cela n'aura pas le même sens si je suis un militant antiraciste ou si je suis un adhérent d'extrême droite. Et pourtant les mots seront strictement les mêmes. Une "réforme", à la base, n'est ni bonne ni mauvaise. Tout dépend la pensée politique de celui qui l'énonce. Un changement peut être, selon le point de vue, une excellente ou une très mauvaise chose.
Ainsi, l'important n'est pas de juger un gouvernement au nombre de ses réformes, mais plutôt au contenu de ses réformes.
Je ne doute pas un instant de la sincérité des princes actuels qui nous gouvernent. Je ne peux pas croire que nous ayons à faire face à un groupe de personnes de mauvaise foi qui aime faire souffrir le peuple. De la même manière que je ne peux pas croire que le progrès ne réside que dans le peuple de gauche (même si, je l'avoue, cela m'arrangerait). Il existe des gens intègres dans toutes les formations politiques, et ces gens ont chacun leur conception du bonheur collectif qui peut ou non, rejoindre ma propre conception des choses.
Mais cessons de nous faire avaler que notre prince actuel affublé de son cortège de ministres soit la meilleure chose qui ne nous soit jamais arrivée. Cessons de vouloir nous faire avaler l'idée que refuser une réforme qui nous semble dangereuse est un acte de frilosité. Débattre, c'est écouter l'autre, et construire ensemble, de manière coopérative. Alors bien sûr, avec cette optique, la démocratie devient quelque chose de beaucoup plus complexe que de glisser un bulletin de vote dans une urne lorsque les princes nous le demandent. Mais c'est seulement à ce prix qu'on ne se retrouve pas dans une société où le paraître est plus important que l'être, où l'individuel prend le pas sur le collectif et où les communicants se la jouent strass et paillettes en permanence...
19 avril 2008
Dead like me
George est une adolescente qu'on giflerait volontiers. Non pas que ça changerait grand chose, mais ça détendrait carrément. Jamais contente, George pense que la vie craint, et tout particulièrement la sienne d'ailleurs. C'est ainsi qu'elle décide d'arrêter l'école et de se dégoter (mollement) un travail.
C'est son premier jour. Elle se retrouve dans l'univers pénible d'une grande entreprise, avec ses bureaux et leurs demi cloisons dans une immense salle, et elle observe tout ça du haut de son regard blasé et critique, revenu de tout, de sale pré-pubère (qui mérite des baffes).
Mais, tandis qu'elle prend sa pause déjeuner, voilà que les toilettes de la station Mir, suite à un incident, lui tombent sur la figure et la tuent. Et voilà George qui se retrouve, en compagnie d'un petit groupe hétéroclite, à apprendre son nouveau métier : faucheuse d'âme. Elle doit donc recueillir les âmes des futurs défunts avant qu'ils ne décèdent de mort violente.
Le décor est planté, pour cette série pleine de tendresse et d'humour noir, arrêtée trop tôt (deux saisons seulement, soit 29 épisodes), sans doute pour cause d'audience. Il faut dire aussi que cette série n'est pas faite pour plaire à tout le monde : on rit de la mort, on remet en cause une quelconque divinité (ici, la mort n'est qu'une grande administration de plus), et surtout, on voit le monde par le biais du regard (cynique) de cette adolescente, morte trop tôt à son goût.
Chaque épisode va alors à la fois s'articuler autour des défunts dont les faucheurs doivent recueillir l'âme (et souvent, les rencontres sont poignantes), et aussi autour de la vie des faucheurs, leur vie quotidienne (les faucheurs, comme nous, doivent manger, gagner de l'argent, avoir un travail, chercher un appartement, même s'ils sont morts), mais aussi leur passé (et on apprend, au détour de certains épisodes, les drames et les fragilités de chaque faucheur).
Une très jolie série, qui n'aurait probablement pas existé sans la fabuleuse série "Six feet under", et qui, sans arriver au niveau de cette dernière, est une jolie cousine éloignée, qu'on aurait volontiers suivie tout au long d'une troisième saison...
Rien à voir. Je pars une petite semaine en Irlande pour le travail. De retour le vendredi 25. Soyez sages d'ici là.
17 avril 2008
Petite histoire
Mai 2006. J'ai eu la chance de travailler pendant dix jours au festival de Cannes. Je n'étais pas accrédité pour la sélection officielle, mais je m'en foutais. J'avais accès à la Semaine de la Critique, à Ecran Junior et surtout, à la Quinzaine des Réalisateurs qui est, à mon avis, avec la sélection Un Certain Regard, un lieu où on trouve une véritable création.
Et, avant chaque film, on avait un très beau générique, le générique de la Quinzaine, composé d'images de films qui avaient été sélectionnés, le tout sur un petit air de piano tout simple : Ré mineur, La mineur, Fa majeur, Sol 7. Je l'ai enregistré comme j'ai pu, et on entend même ma voix et celle d'une collègue au début. Un enregistrement collector, quoi...
quinzaine_des_réalisateurs_musique
15 avril 2008
Trois clichés en passant
Une nouvelle pellicule. Mon argentique a pas mal traîné au fond de mon sac ces derniers temps. Trois ambiances, différentes, qui reflètent mes p'tits parcours.
(le vieux Nice)
(Meailles, Alpes de Haute Provence)
(Sous Station Lebon, ancienne usine EDF reconvertie en atelier d'artiste, Nice)
13 avril 2008
Le bon, la brute et le massacre...
"Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent... Toi tu creuses !".
C'était l'époque où les répliques cultes le devenaient après coup parce qu'on allait encore et encore au cinéma pour écouter les personnages prononcer leurs (géniales) lignes de dialogue. C'était l'époque où Sergio Leone venait de sortir "Le bon, la brute et le truand".
Véritable leçon de cinéma, ce qui frappe de prime abord dans ce film c'est l'absence de dialogue au profit de l'action et de la musique. Lorsque le générique de début se termine, il s'écoulera 10 minutes avant d'entendre la première phrase. Nous sommes dans l'Ouest sauvage, et ici, c'est d'abord la brutalité qui s'exprime. "Quand on tire, on raconte pas sa vie" dit Tuco à un bandit qu'il vient de tuer et qui a fait l'erreur de lui parler avant de dégainer. Tout est là. Nous sommes dans un monde d'homme d'une rare violence (la seule femme qui a quelques lignes de dialogue est une prostituée qui va prendre des baffes de la part de Lee Van Cleef, parce qu'elle détient des informations qu'il a besoin d'obtenir) . Seules les armes parlent. Les mots sont des balles qui trouent le corps. Dans l'Ouest, on meurt pour rien. Il n'y a plus de logique, plus d'amour, plus de confiance...
Outre ce particularisme, on ne peut qu'être frappé par l'usage systématique et alterné de plans larges sur les paysages et de plans serrés sur les personnages. Dans "Le bon, la brute et le truand", la forme est aussi importante, voire plus, que le fond. Les plans s'étirent, le rythme se ralentit, même lorsque les actions se précipitent. A la fin du film, par exemple, alors que les protagonistes touchent au but, Léone fait faire à Clint Eastwood un détour, et le confronte à un jeune soldat sudiste en train de mourir. Scène touchante et émouvante, sans un mot, on comprend, à travers le regard de Eastwood, toute l'absurdité et l'imbécillité de la guerre.
Le troisième atout de ce film est contenu dans l'ambiguïté même des trois personnages principaux, contrairement à ce que le titre annonce. Ici, pas de manichéisme. Lee Van Cleef (la brute) n'est pas plus brutal que les deux autres. Les trois personnages sont égoïstes et arrivistes, et pourtant, Eli Wallach (le truand) dévoile toute sa fragilité lorsqu'il est confronté à son frère, qui le rejette et qui est devenu moine. Et la quête de l'argent des trois protagonistes ne va pas les empêcher de faire sauter un pont qui était le point d'orgue d'une bataille stupide entre les nordistes et les sudistes et de sauver ainsi des centaines de vies...
Malheureusement, l'ère du DVD est arrivée, et des producteurs, voulant offrir toujours plus au spectateur, ont décidé de restaurer tout le patrimoine cinématographique. Si, parfois, le dépoussiérage d'un film offre d'excellentes surprises (la toute dernière édition de Blade runner de Ridley Scott, par exemple, est une splendide réussite), la moulinette hollywoodienne a fait ici un carnage monstrueux...
A l'origine, le film de Sergio Leone, sorti en 1966 en Italie, faisait 177 minutes. Deux ans plus tard, une sortie étasunienne imposa à la version américaine un rabotage en règle, et on se retrouva avec une version, doublée en anglais, de 161 minutes. C'est cette version que l'on connaît. Sergio Leone, paraît-il, était furieux d'avoir dû faire ça, et on le comprend... Les années ont passé, et le maestro est mort en avril 1989, sans avoir jamais retouché son film. Mais, en 2002, des producteurs ont décidé de reprendre la version italienne et de la restaurer... Pourquoi pas... Sauf que les scènes coupées de la version US n'avaient jamais été doublées... et qu'on a donc fait appel aux acteurs de l'époque pour les doublages voix des rôles principaux. Si Clint Eastwood et Eli Wallach ont volontiers accepté, il n'en fut pas de même pour Lee Van Cleef, puisque l'acteur était décédé en décembre 1989... La morale de l'histoire est qu'on se retrouve maintenant avec un film qui contient sept scènes supplémentaires très inutiles et longuettes (pardon Sergio...) avec de très fortes différences de voix (Eli et Clint ont tout de même pris 40 ans entretemps...) ou des voix différentes... Et pour couronner le tout, les producteurs sont même allés chercher une scène ridicule où Tuco, près d'un feu et plumant une poule, recrute trois mexicains pour tuer Blondin (Clint Eastwood), scène qui avait été tournée par Leone mais qui avait été supprimée de la version italienne par le cinéaste lui-même...
Dans les bonus, un des protagonistes dit que Léone, s'il était vivant, aurait été très content de cette nouvelle version... C'est sûr les gars, on ne prend jamais de risques en faisant parler les morts, parce qu'il ne vous contrarient que rarement... Jean Tibery, maire du 5ème arrondissement de Paris, en sait quelque chose... Il les a fait voter pour lui il y a quelques années...
11 avril 2008
La traversée du temps, de Mamoru Hosoda
Makoto, ce 13 juillet-là, s'est levée en retard. Et rien ne va aller dans sa journée, puisqu'elle va cumuler déveine sur déveine, jusqu'à ce fameux accident qui va lui coûter la vie... Et pourtant, quelque chose se passe. Quelque chose qui fait qu'elle ne meurt pas. Quelque chose qui fait qu'elle peut, à loisir, remonter le temps et le changer. Et, bien sûr, à travers cette expérience, elle va grandir, et se découvrir des sentiments vis-à-vis d'un garçon qu'elle avait toujours considéré comme un ami jusque là...
Si les mangas des années 70 et 80, qui arrivaient sur notre continent, rivalisaient en laideur et en pauvreté d'animation (qui chantera les beautés cachées d'Albator, les délires visuels de Candy, les scénarios incroyablement élaborés de Goldorak, de Jeanne et Serge ou de Olive et Tom ?), force est de constater que la donne a changé depuis le jour où un distributeur, au début des années 90, a décidé de mettre sur les écrans français Akira de Katsuhiro Otomo. Immense claque, ce film d'animation révolutionnait le genre et déclenchait un engouement pour des productions ambitieuses et adultes.
La traversée du temps aborde de manière douce et poétique un thème classique de science-fiction : le voyage temporel. Si on retrouve clairement des aspects de la comédie de Harold Ramis, Un jour sans fin (excellente comédie sur ce thème... Qui chantera les joies du jour de la marmotte, que le héros du film, joué par Bill Murray, revit sans cesse ?), on est aussi dans une très belle réflexion sur le passage de l'adolescence à l'état d'adulte, comme dans un roman d'apprentissage qui se respecte. 
Et cette traversée du temps n'est pas sans rappeler cette formidable bande dessinée de Jiro Taniguchi, Quartier lointain, où un adulte se retrouve projeté dans le temps et revient, avec son esprit d'adulte, dans son corps d'adolescent. Il a alors une chance de comprendre pourquoi son père, un jour d'été, a purement et simplement quitté son foyer et d'empêcher tout ça. Mais notre héros est-il vraiment là pour changer son passé ?
Deux oeuvres touchantes, donc, qui raisonnent bien l'une avec l'autre, qui abordent les sentiments de manière belle et pudique, et qui nous présentent un Japon ordinaire et quotidien, avec des personnages qui touchent à l'universel.
Deux oeuvres à découvrir d'urgence.
09 avril 2008
De l'art de faire du cinéma de grande qualité
Attention mes lecteurs nombreux et adorés, le 9 avril marquera à jamais vos esprits à moitié flétris à cause d'une surconsommation télévisuelle et d'une adhésion sans distance aux lois si égalitaires du monde libéraliste (je reprends mon souffle, là...). Mais que va-t-il se passer, mercredi prochain, vous dites-vous soudain ? Le gouvernement chinois va-t-il reconnaître qu'il n'est qu'une épouvantable dictature ? Les sans-papiers vont-ils être finalement laissés tranquilles et régularisés ? Le discours écolo va-t-il enfin être reconnu comme la priorité des priorités ?... Mieux que ça, les amis...
Mercredi prochain sort, sur tous les écrans français, le remake des frères Pang, "The Eye", de Xavier Palud et David Moreau, les réalisateurs de "Ils". Comment ? Vous vous attendiez à mieux ? Vous voulez dire que vous êtes carrément déçus de mon annonce ? Bande de gauchistes ingrats...
Voici donc un énième remake inutile de film asiatique déjà pas révolutionnaire à la base... Oui, mais voilà, madame, monsieur, c'est réalisé par des français ! Et ça change tout. ça vous cloue le bec, non ? Leur premier film ayant plu aux pontes hollywoodiens (et à moi aussi soit dit en passant... Même si mes amis ne me parlent plus depuis à cause de cette divergence), le gros machin a été confié clef en main aux deux français. Tout est hollywoodien : la manière de filmer, la manière de tout mouliner à la sauce hamburger, la manière de faire sursauter... Mais, les réal' sont français...
Durant le week-end de Pâques, plutôt que d'aller branler quelques cloches en agitant mon p'tit corps au son de chants christiques, je suis allé traîner du côté de 06 en scène (trois jours de danse, de théâtre, de spectacle, de cinéma, de concert, tout gratuit...) et je me suis retrouvé à voir "Hitman" de Xavier Gens. "Hitman", énième film tiré d'un jeu vidéo, est une adaptation ratée et un film médiocre. Est-ce dû au charisme de gant de toilette du héros, à l'histoire bourrée de poncifs, à l'actrice idiote et inutile qui accompagne n°47 (le héros, avec un code barre tatoué derrière le crâne) ou encore à la caméra paresseuse qui filme tout ça ? A moins que ce soit parce qu'il s'agit d'une production Besson ?
Le point commun entre ce film et "the eye" est que, là encore, on a un français à la caméra. ça change quoi ? Rien... sauf que c'est un français. Un tâcheron, certes, mais français... Après la projection de "Hitman", le réalisateur, invité, avouait que, contrairement à son premier film ("Frontières", sorti au début de l'année), il avait dû adapter son style aux contraintes du film. Dit clairement, cela signifiait que les studios avaient le dernier mot, et qu'il n'était qu'un simple exécutant...
Il n'y a pas si longtemps, les studios engageaient comme Yes-Man, des réalisateurs issus du clip. Maintenant la mode semble être au frenchis... Malheureusement, hormis quelques exceptions (comme Alexandre Aja et son excellent "La colline a des yeux", mille fois meilleur que le poussif et daté machin de Wes Craven), tous ces réal' semblent voués à tomber dans l'oubli.
Ces réalisateurs qui partent aux States, persuadés qu'ils vont réussir et s'en sortir face à Hollywood, ça me rappelle l'histoire d'Ulysse qui doit affronter les sirènes. Mais c'était il y a longtemps...
07 avril 2008
Solitude irlandaise
Promenade pas loin de Dublin en janvier dernier. Il était seul et méditait. J'aimais imaginer sa vie. Triste ? Contemplatif ? admiratif ? Ou un peu des trois à la fois ? En tout cas, j'ai eu envie de le photographier...
03 avril 2008
La grosse comédie est ton amie de toujours
Comme le film d'arts martiaux est à l'Asie, comme le film d'action est aux États-Unis, comme le Bollywood est à l'Inde, la grosse comédie beauf pouet-pouet est à la France. En une semaine débarquent sur nos écrans deux merveilles qui, à coup sûr, feront la joie des cons petits et des grands. Amis du comique qui tache, et qui sent l'huile de friture, vous allez vous régaler. N'espérez pas échapper à l'intox, la machine est huilée : squattage dans les quotidiens, interviews pénibles et creuses, animateurs qui servent la soupe, making-off commerciaux navrants, reportages inutiles dans les journaux télévisés, micro trottoirs des premiers spectateurs des premières séances qui nous disent que, bin oui, ils étaient morts de rire, pseudo soirée Jet-Set pour lancer les films et surtout, surtout, l'argument qui tue : l'ambiance sur le plateau de tournage était décontractée et tout le monde s'est amusé comme des fous. Même qu'il y a eu de sacrés séances de fous rires...
Du lourd on vous dit...
On reprend l'équipe de "Camping", (même réalisateur, même acteur principal), on reprend le thème (notre ami le beauf' a tout de même un coeur) et on remet le couvert. Rien qu'à voir l'affiche, ça fait envie... Tous les clichés du disco sont alignés : pantalon moulant, posture à la Travolta, grosses lunettes qui tuent, couleurs flashis à rendre malade et dépressif un caméléon adulte, références aux WMCA...
On notera aussi les noms qui partagent l'affiche. Béart et Depardieu... Bon, Depardieu, encore, on comprend. Depuis sa période américaine (qui se souvient du merveilleux "Greencard" de Peter Weir ?), Depardieu n'a plus fait grand chose d'intéressant d'un point de vue artistique... La période avec Blier est bien lointaine... Béart, en revanche... ça n'a pas l'air d'être facile de vieillir...
Mais surtout, ce qui frappe dans cette affiche, c'est cet immense sentiment de vide et de mille fois déjà-vu du scénario...
En face, dans une semaine, on nous sert du frais... L'affiche, là encore, est révélatrice. On retrouve l'atmosphère des Bronzés 3 (un chef-d'oeuvre tiens, celui-là), matinée de feu le réalisateur Max Pecas (à qui on doit des grands monuments du cinéma tels que "On se calme et on boit frais à St Tropez" ou "Embraye bidasse, ça fume"), et d'un zeste des "Sous-doués en vacances". On pensait être, pour toujours, débarrassé de ce cinéma à la papa, mais non... Et même pas de honte dans tout ça... Philippe Harel (à qui on doit quelques films tout de même pas mal, comme son adaptation de "L'extension du domaine de la lutte" de Houelbeck, avec un excellent José Garcia) nous sert une suite à un film sympathique sans plus de 1997, qui n'en demandait pas tant... Mais que voulez-vous, les impôts à payer, les taxes foncières...
Comment le scénariste a-t-il pu écrire, sans honte aucune, une histoire pareille ? Et, comment a-t-on pu produire ce film ? Le dialoguiste est-il drogué et séquestré ? L'a-t-on obligé ?
Ah, et puis revoir Benoit Poolevorde cabotiner à souhait... Ils sont loin ses bons films à lui aussi... Benoit, revisionne d'urgence tes premiers films ("C'est arrivé près de chez vous", "Les convoyeurs attendent"...) et cesse de squatter nos écrans...
Quant à moi, je file, dès ce soir, au 8ème festival du court-métrage de Nice. Juste histoire de m'aérer un peu et de voir autre chose...
02 avril 2008
De l'art de mériter des baffes
Imaginez un peu... Vous avez, en bas de chez vous, un boulanger qui fait un excellent pain, de délicieux croissants et des gâteaux à lécher sa vitrine, tout en répendant des petites flaques de bave. Ce boulanger (ou cette boulangère, ne soyons pas sexiste...) est, en plus, affable, gentil(le), prévenant(e), et n'hésite jamais à vous glisser une tite brioche en plus de temps en temps. Vous êtes un client connu et apprécié à sa juste valeur (et Dieu sait qu'elle est grande, puisqu'on parle de vous, tout de même, et vous n'êtes pas n'importe quel fifrelin de bas étage !). Et puis, une période d'élection arrive, et tandis que vous épluchez nonchalamment les professions de foi, vous découvrez avec stupeur que votre boulanger(e) est tête de liste d'une liste d'extrême droite... Quelle va alors être votre attitude à partir du moment où vous savez clairement les idéaux défendus par ce commerçant, qui, en plus, va afficher en grand, l'affiche officielle de sa campagne dans son magasin, et qui mettra, bien en vue, des tracts bien racistes tout près de la caisse ? Allez-vous continuer à donner votre argent à cette personne, en sachant clairement que vous alimentez un réseau d'idéaux nauséabonds ? Arriverez-vous à ignorer cette propagande, au nom de la qualité de ses baguettes et de ses pains au chocolat ?
L'ami Tom Cruise est très bien placé au sein de la scientologie, secte bien connue, qui propose des pseudo thérapies assorties de théories fumeuses sur les vies antérieures, matinées de science-fiction de bazar avec des extra-terrestres qui seraient nos ancêtres ultimes. La dangerosité de cette secte n'est plus à prouver. Pratiquant le lobbying, cette secte n'hésite pas à employer tous les moyens, y compris ceux qui sont illégaux, pour faire taire tous ses détracteurs. Si Tom Cruise restait discret sur ses engagements il y a encore quelques années, il ne se cache plus aujourd'hui et fait clairement étalage de ses convictions. Il devient donc évident que toutes les recettes de ses films, dont il est souvent producteur ou co-producteur, vont directement dans les poches de la scientologie...
A partir de là, doit-on continuer à ignorer ce phénomène, sous prétexte qu'il fait d'excellents films d'action ? N'est-ce pas une manière de l'encourager dans son prosélytisme en continuant, malgré tout, à rejoindre les salles obscures pour savourer ses oeuvres au son du pop-corn ?
Dès que j'affiche mes opinions, je teste peu ou prou mon auditoire. Et si mon auditoire ne réagit pas plus que ça, n'est-ce pas une manière de me conforter dans mes opinions ? Allez, rêvons un peu, et si on faisait à Tom Cruise le même coup qu'à Didier Barbelivian ? Et si on désertait un petit peu les salles ?...
01 avril 2008
De l'art de supporters les supporters
Finale de la coupe de la ligue au Stade de France. Une banderole se déploie du côté des supporters parisiens : "Pédophiles, chômeurs, consanguins, bienvenue chez les ch'ti". Et les médias de s'offusquer, et les politiques de reprendre en choeur (ou le contraire, je ne sais plus...).
Mais, c'est tout simplement SCAN-DA-LEUX ! Que dis-je SCANDALISATOIRE, même ! Vous vous rendez compte ? Mais j'ose à peine le dire... Il y a (mon dieu, quelle horreur !) des... racistes et des crétins parmi les supporters de football... Non, là, vraiment, les bras m'en tombent... Fichtre, remettons-nous vite ! Allez, hop, une tite pastille Vichy et ensuite, je file chez Poilane et chez Fauchon... Et moi qui ne m'étais douté de rien...
Il y a une dizaine d'années, j'ai assisté, au stade vélodrome de Marseille, à une rencontre de football. C'était Marseille contre Monaco. Des amis m'avaient convaincu de venir "pour l'ambiance". Il faut dire aussi que la place valait, à l'époque, 50 francs. Évidemment, pour ce prix, j'ai eu droit à une place derrière les buts. Faut-il préciser que la vue était médiocre ? N'empêche que je n'étais pas tout seul. Je me souviens de ce chauffeur de supporters, qui tournait le dos au match pour nous encourager nous, et qui, avant le match, nous incitait à acheter une splendide écharpe ornée du slogan sublime "Paris on t'encule" (je me voyais déjà arpenter les rues de la capitale, engoncée dans ce tissu d'un goût très sûr) ; je me souviens de ce brontosaure cette femme qui, tout près de moi, d'une voix rauque, vociférait des insultes à l'équipe voisine ; je me souviens de la demande de mise à mort de l'arbitre par la foule, lorsqu'il sifflait une faute qui ne convenait pas aux supporters... Effectivement, "l'ambiance" des stades, c'est quelque chose...
Arrêtons de jouer aux vierges effarouchées. Le football est, régulièrement, émaillé d'incidents. Combien de matchs ont été joués tandis que des hordes de CRS sécurisaient les alentours des stades ? Combien d'insultes et d'actes racistes voit-on au sein des stades ? Combien de Heysel (1985 : des affrontements entre les supporters de Liverpool et ceux de la Juventus de Turin firent 39 morts), combien de Sheffield (2000 supporters avaient tenté de forcer l'entrée pour assister à la demi-finale très attendue de la Coupe d'Angleterre opposant les équipes de Liverpool et de Nottingham Forest. Bilan : 95 morts) devront-nous supporter ?
Le football, sport populaire par excellence, a remplacé les jeux du cirque de l'Antiquité romaine. Il a donc, pour une société, une fonction catharsique et idéologique évidente. Catharsique parce qu'on va au stade pour se défouler, et qu'il vaut mieux que les princes qui nous gouvernent nous offrent des endroits pareils (ça fait moins désordre que dans la rue, non ?) ; idéologique, parce que ce sport (comme d'autres, mais à une échelle plus grande) est une splendide vitrine libéraliste, où le fric domine tout, et où seul le gagnant est encouragé, jusqu'à ce qu'il soit détrôné. J'exagère ? Alors, comment expliquer l'existence et la tolérence républicaine envers des clubs de supporters tels que les Boulognes boys (PSG), Les Ultras de Marseille (OM) ou encore Brigade Sud (OGC Nice), où l'extrémisme et la morale guerrière sont plutôt monnaie courante ? Oui, mais ça, me diront certains, ce sont des exceptions, parce que le football est surtout composé de gentils supporters...
Alors, oui, il doit bien y avoir des gentils supporters, respectueux, et tout et tout... De la même manière qu'il doit y avoir des records sportifs décrochés par des sportifs non dopés... Mais la question que je me pose, c'est de savoir si ces camps-là sont vraiment majoritaires...
30 mars 2008
De l'art de bien faire comprendre qui est le patron...
Le café est une boisson d'homme. D'ailleurs, la preuve, c'est que le mot est masculin. Le café, c'est fort, c'est costaud, c'est corsé. Comme un homme, quoi...
Partant de ce principe de base, nos amis publicitaires déclinent les mêmes poncifs dès qu'il s'agit de faire une campagne sur le café. Le café, c'est noir, et le noir, c'est le mystère, mais aussi la séduction extrême. En définitive, boire un café, c'est comme déclencher une furieuse montée d'hormones et de phéromones. Dès qu'on en consomme, la femme s'incline devant nous et ronronne à mort, tel un gros animal félin, qui n'a de cesse que de se frotter sur tout ce qui passe.
Démonstration :
Chez "Carte Noire", on ne lésine pas, depuis qu'un décérébré a refilé à la marque ce mauvais slogan "Un café nommé désir". En se référant au film d'Elia Kazan ("Un tramway nommé désir"), le produit prend à la fois un aspect culturel et un délicieux parfum érotique (on revoit aisément le jeune Marlon Brando vêtu de son marcel et sa troublante partenaire Vivian Leigh). Donc, depuis, on nous fait le coup du puissant aphrodisiaque à chaque campagne : femme brune, maquillée, avec des lèvres pulpeuses, un vêtement suggestif, noir, lui aussi, et surtout, un nom de café qui signifie non pas "boisson caféïnée" (comme certains naïfs pourraient le croire) mais plutôt "femme en chaleur". Essayez... Susurrez donc "Amaïta"... Vous y êtes ? Incroyable non ?
Mais, on peut, toujours avec le café, être plus vulgaire, ou plus direct, c'est selon... Démonstration :
C'est limpide. Boire un café en dosette Lavazza, c'est comme aller voir une pute... Sauf que, bon, histoire de mettre un vernis de culture sur tout ça, on nous montre une catin tout droit sortie du XVIIIème... Et là, évidemment, c'est tout de suite plus classe.
Voilà, voilà... Sinon, petite anecdote qui m'a fait bien sourire. En haut, vous verrez une affiche que j'ai découverte mercredi matin dernier à 7h20 en allant au boulot. A 12h15, quand je suis repassé devant, il y avait une petite différence... A mon avis, des stagiaires et des imprimeurs ont dû se prendre des lignes à copier et des conjugaisons à apprendre... Bien fait !
23 mars 2008
Deux p'tits films pour une chouette soirée frissons
L'autre soir, découverte de deux films fantastiques surprenants et forts sympathiques en DVD.
Le premier, s'appelle "Stay Alive", et on le doit à William Brent Bell. La caméra descend dans un bien joli mouvement de trajectoire, franchit une grille en fer forgé, couverte de mauvaises herbes, parcourt une allée avant d'arriver à la porte d'une grande maison de type colonial, comme on en voit du côté de la Nouvelle-Orléans. Nous sommes arrivés dans l'univers du jeu vidéo "Stay Alive". C'est là que nous retrouvons un des personnages en train de jouer. Malheureusement, sa mort dans le jeu va étrangement entraîner sa mort dans la vie réelle. Et le plus troublant, c'est que, dans les deux cas, il meurt pendu, la nuque brisée...
Le jeu vidéo hanté, ce n'est pas nouveau. C'est une variante de la cassette vidéo de la mort de Ring. Et on sent déjà à plein nez le bon vieux film d'horreur des familles, avec ses codes usés et ses ficelles narratives qui ressemblent à des chaînes...
Et pourtant, on aurait tort de se priver de la vision de ce film. Sans être révolutionnaire, il parvient à inquiéter de manière habile, préférant suggérer plutôt que montrer. Et le montage évite l'écueil clipesque épileptique auquel les productions hollywoodiennes nous ont malheureusement habitués. Un coup de chapeau d'ailleurs à la photographie soignée et léchée. Un seul regret : la brièveté du film, puisque tout se déroule en, à peine, une heure vingt. Si on évite les temps morts, on n'a guère le temps de s'attacher aux personnages, un peu réduits à de simples fantômes...
Dans un autre genre, "Isolation" de Billy O'Brian nous emmène du côté des terreurs fermières et campagnardes, avec ce film irlandais plutôt malin et inquiétant. Un savant, aidé d'une vétérinaire, crée un veau mutant, qui doit être plus résistant, et surtout qui grandit beaucoup plus vite, et se reproduit plus rapidement. Évidemment, l'expérience va dégénérer quelque peu... Mais ça, on aurait pu le prévoir (Faut dire aussi... Tous ces savants qui font toujours les malins, à tripoter la nature, en croyant qu'ils vont la contrôler... Ils sont cons, ces savants fous...) Rien de très nouveau dans cette histoire de créature mutante agressive qui va s'attaquer aux humains. Et pourtant, ce film est une bonne surprise, avec des acteurs qu'on n'a jamais vu et qui s'en tire très bien, une mise en scène nerveuse, une photographie, là encore, soignée. Même si le film n'est pas d'une incroyable originalité (ni d'ailleurs, en passant, comme il est pompeusement écrit sur l'affiche "Une expérience inouïe"... Bonjour l'hyperbole... Qu'a-t-on donné à Hideo Hakata, le réal de Ring, justement, pour qu'il déclare une chose pareille ?), et si on reconnaît aisément les influences (merci Alien, merci The Thing...), mais on ne peut s'empêcher d'éprouver un réel plaisir devant ce (presque) huis-clos, qui reste lui aussi dans la suggestion, tout en prenant soin des personnages. Les personnages ont un passé et des fragilités qu'on découvre au détour de telle ou telle séquence. Petit puzzle que le réalisateur dissémine au gré de l'intrigue. C'est au spectateur de saisir l'ensemble. Un film, donc, qui nous prend pour des gens intelligents, c'est plutôt plaisant...
Voilà les amis. C'est tout pour aujourd'hui. Vous pouvez rallumer vos portables et dégainer vos cigarettes. Faites attention à la chute d'objets lourds, comme des enclumes par exemple, lors de l'ouverture des coffres à bagages. Nous espérons vous revoir bientôt sur Estebàn Airlines.
21 mars 2008
De l'art de laver les cerveaux
Simple et magnifique reflet de la société de consommation, la publicité ne peut absolument pas se permettre d'être autre chose que ce qu'elle est, à savoir une prostituée. Elle vend à des individus du rêve en toc, de l'ersatz d'amour, qui fait croire, un bref instant, au bonheur. Elle est là pour nous refourger des objets qui seront bientôt cassés et/ou obsolètes, afin de les remplacer par d'autres objets de la même trempe.
C'est la raison pour laquelle la publicité est souvent très belle ("Regarde la belle photo que je t'offre, Ô mon spectateur... Tu as vu comme il est joli l'objet que je te présente ?") et/ou joue sur l'humour ("Tu
as vu, Ô mon public, comme je suis drôle et spirituelle ? Tu as vu
comme je te fais rire ? Tu as noté comme nous sommes complices tous les
deux ?").
Mais pour réussir ce petit tour de passe-passe, il faut absolument
qu'elle veille à ce que tout ce qui nous distingue des animaux, à
savoir l'humanisme, la réflexion, la raison, bref toutes ces notions
qui pourraient nous éloigner du libéralisme, soient annihilées.
C'est la raison pour laquelle, dès qu'ils le peuvent, les créatifs
s'emparent de tout ce qui pourrait s'éloigner de leurs idéaux, pour
mieux le souiller et l'abîmer, afin de le détourner de son sens
premier. On se moque de la beat generation en la caricaturant
et en la réduisant à un amas de babas-cools imbéciles et dépassés,
puant des pieds et élevant des chèvres. On recycle les affiches et les
slogans de mai 68 pour les transformer en de vulgaires campagnes
d'affichage pour hypermarchés...
C'est ainsi que, depuis plusieurs années, la publicité se régale à
reprendre les grandes figures marquantes de notre société, pour les
réduire à de simples produits. La preuve en image...
Ici, c'est le défunt humoriste Coluche qui en fait les frais. Lui qui avait crée les Restos du Coeur pour combattre la précarité de la société, le voici, vingt ans plus tard, le fer de lance d'une agence d'intérim, qui est le symbole même du libéralisme sauvage qui encourage la flexibilité. Et oui, le temps a passé... Et entretemps, les chantres du libéralisme nous ont vite fait oublier que l'intérim était illégal, en France, dans les années 60. Et entretemps, les chantres du libéralisme nous ont fait admettre l'exclusion comme un mal nécessaire à notre petit confort.
Je me demande pourquoi ils n'ont pas pris une photo d'Adolf Hitler ? Après tout, le célèbre dictateur a fait plusieurs métiers lui aussi...
20 mars 2008
De l'art de recycler tout et n'importe quoi
J'essaye, je cherche, mais rien... Rien de rien... La publicité ne produit que des images laides et idiotes (au mieux) et recycle faute de la moindre idée, sous couvert d'humour, tout et n'importe quoi... La preuve encore dans nos villes avec cette somptueuse et magnifique campagne pour Eden Park.
Il est beau, il est viril, il est jeune, il a de la gueule, c'est un mec, un vrai, un qui en a. Son regard est franc et clair. Il nous fait face, il nous affronte, et surtout, de son index, il nous désigne. Oui, c'est toi, jeune spectateur que je veux... C'est toi, et pas un autre. Parce que tu es unique... Impressionnant... Sauf que cette affiche est un recyclage à peine déguisé d'une autre, une américaine, lorsqu'on était en pleine propagande, pour encourager l'effort de guerre, et qu'on recrutait à tour de bras.
De deux choses l'une. Soit c'est une simple coïncidence, ce que j'ai du mal à croire, mais ce qui nous prouverait le manque total de culture de nos amis créatifs ; soit la campagne est un pompage pur et simple. J'opterai aisément pour la seconde solution, à la vue du slogan de la campagne Eden Park : "Merci de porter nos couleurs". Parce que ce slogan possède un délicieux double sens (porter les couleurs évoque le sport et le patriotisme guerrier. C'est un deux en un, comme l'affectionne tant nos amis créatifs).
Et alors ? dirons certains. Où est le mal ? Après tout, l'affiche original n'était pas un chef d'œuvre, et l'affiche d'Eden Park a, au moins le mérite d'être moins "meurtrière".
Certes. Mais je trouve surtout cette opération terriblement cynique. Parce qu'elle avoue sans conteste que la société de consommation prône des valeur qui s'apparentent tout de même à la guerre.
Sans compter qu'aujourd'hui, ça fait cinq ans tout juste que l'armée Etatsunienne s'est engagée dans un conflit imbécile. De là à penser que cette campagne rend hommage à cet anniversaire...
17 mars 2008
De l'art d'être bien chez soi
Bon, c'est vrai, je suis un peu moins sérieux qu'avant, et mes posts deviennent moins fréquents... Flemme ? Fatigue ? Vie over-bookée ? Lèpre soudaine ? Un peu de tout ça sans doute... Mais, bon, à un moment ou à un autre, ça revient. Il suffit, par exemple de croiser une affiche de publicité pour que, soudain, j'ai envie de la critiquer, de tondre un annonceur, d'ébouillanter un créatif pour l'éplucher plus facilement ensuite.
ça tombe bien... ça m'est arrivé pas plus tard que ce matin...
Que voit-on sur cette merveilleuse réalisation du XXIème siècle ? Une femme, âgée, qui présente toutes les caractéristiques de la vieille acariâtre, écarte prudemment et mine de rien, son rideau blanc immaculé tout frais sorti de la machine. Chez elle, tout évoque la vieillesse et l'ennui : cela va du papier peint (avec ses olives improbables) au fauteuil marron, en passant par la table pseudo aristocratique. Comme toute vieille dame qui se respecte (et qui ne respecte pas les autres) elle porte un délicieux chemisier vieux rose et un tout aussi délicieux châle bleu passé et tricoté main il y a au moins deux décennies. L'humour de la chose veut qu'elle ait avec elle une grosse paire de jumelles, ce qui lui permet, comme toute bonne vieille, d'espionner ses voisins, puisqu'elle n'a rien d'autre à faire de ses journées (alors, autant aller faire chier les autres...).
Et le slogan, de nous dire qu'il est aisé, grâce à www.consommeàbloc.com, de trouver un nouvel appartement. Et c'est là que le bât blesse... Parce que cette publicité est très gênante, à plusieurs niveaux.
D'abord, et on le note immédiatement, cette publicité, pour faire rire, ne peut pas s'empêcher d'user de la caricature : la vieille (et accessoirement le vieux) a toujours un goût de chiotte et est là pour rendre notre vie la plus pénible possible. La raison est qu'il a une vie tellement vide et inintéressante qu'il se rabat sur la vie des autres. Or, on le sait, cette tendance est universelle et n'est aucunement une question d'âge. Sinon, cela ferait bien longtemps que les magazines comme Closer ou Gala auraient cessé de vendre... On peut être jeune et aigri, vieux et dynamique. Il n'y a pas de règle en la matière. Mais ça, c'est déjà trop subtil pour un créatif...
Ensuite, et c'est sûrement le plus dérangeant, cette publicité est très ambiguë : A qui s'adresse le slogan "Changez de voisins" ? A nous, qui sommes embêtés par le fait que notre vieille voisine toute sèche nous mate, ou bien à cette vieille dame, et plus généralement à ceux, qui sont bien ennuyés par certains de leurs voisins, trop jeunes, trop bruyants, ou à l'odeur trop forte ? Doit-on voir, dans cette photo, si amusante, un appel à la délation ? Après tout, imaginons un instant que le gouvernement de Vichy, en 1942, ait utilisé cette photo...
Une fois de plus, au delà du message très premier degré (achête, consomme, sois heureux) , la publicité, on le voit ici, possède toujours un vieux fond réactionnaire qu'elle ne peut pas s'empêcher d'afficher. Parce que le conservatisme est encore la valeur la plus universellement partagée dans notre monde. Et lorsqu'on doit vendre, on ne s'encombre pas de considérations humanistes...















